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7.2

GENOU

Comprendre ma douleur

J'ai mal au genou dans les escaliers

Une douleur du genou en montant ou descendant les escaliers ? Comprenez ce que ces mouvements demandent à votre fémoro-patellaire et identifiez ce qui a changé.

Intro spécifique

Vous montez ou descendez un escalier, et une douleur apparaît à l'avant du genou, souvent autour ou derrière la rotule. Cette douleur peut être présente uniquement à la descente, uniquement à la montée, ou dans les deux sens. Elle peut apparaître dès les premières marches ou après un certain nombre.

Les escaliers sollicitent le genou différemment de la marche plate. La descente, en particulier, est le mouvement qui met le plus de contrainte sur l'articulation fémoro-patellaire — la rotule et sa surface arrière subissent une pression élevée à chaque marche descendue. Une douleur spécifique aux escaliers signale presque toujours une composante fémoro-patellaire — mais ce n'est presque jamais un problème local isolé. C'est le plus souvent l'expression d'un déséquilibre de la chaîne du membre inférieur qui s'exprime au niveau de la rotule.

Drapeaux rouges — à lire avant tout auto-test

Avant d'aller plus loin : un blocage brutal, un genou gonflé, chaud, rouge, une impossibilité de mettre en charge, une notion de traumatisme récent, ou une douleur nocturne intense justifient un avis médical.

Une douleur mécanique aux escaliers, installée progressivement, sans autre signe, peut être analysée avec la démarche qui suit.

Comment cette fonction marche normalement

Monter et descendre les escaliers met en jeu l'articulation fémoro-patellaire, l'axe du membre inférieur (hanche-genou-cheville), et un contrôle musculaire fin — particulièrement à la descente où le quadriceps travaille en freinage.

Les mobilités qui rendent ce mouvement possible

L'articulation fémoro-patellaire. La rotule glisse dans la gouttière fémorale (trochlée) pendant la flexion-extension. Sa trajectoire idéale est centrée dans la gouttière ; toute déviation (rotule qui « tire » d'un côté) augmente la pression sur une zone du cartilage rétro-rotulien.

L'articulation fémoro-tibiale. Elle produit la flexion et l'extension qui accompagnent chaque marche.

Les articulations coxo-fémorale et tibio-tarsienne. Elles participent à la posture globale du membre inférieur. Une hanche instable produit un genou instable ; une cheville limitée produit une compensation au genou.

L'équilibre musculaire qui produit ce mouvement

Le quadriceps. Il produit l'extension du genou pour monter, et freine la flexion pour descendre. À la descente, il travaille en contraction excentrique — il est allongé pendant qu'il se contracte, pour contrôler la chute contrôlée du corps. Cette contraction excentrique est particulièrement exigeante et sensibilise facilement les insertions tendineuses.

Le vaste médial oblique (VMO). Portion du quadriceps qui s'insère sur le bord médial de la rotule, il joue un rôle central dans la trajectoire de la rotule — il tire la rotule vers le côté interne, contrebalançant la traction latérale des autres portions du quadriceps. Un VMO peu activé (fréquent en cas de sédentarité, après une immobilisation, ou en cas de posture en valgus) laisse la rotule dériver vers l'extérieur, ce qui augmente la pression sur une zone du cartilage.

Les fessiers (grand, moyen, petit). Ils contrôlent l'axe du fémur pendant l'appui unipodal. Un moyen fessier faible laisse le fémur tourner vers l'intérieur (rotation interne) pendant que le pied reste fixe — c'est le valgus dynamique, cette position où le genou « rentre » vers l'intérieur pendant la descente d'escalier. Cette position augmente considérablement la pression fémoro-patellaire et met les structures latérales du genou en tension.

Les ischio-jambiers. Ils accompagnent le mouvement et stabilisent le genou par l'arrière.

Le triceps sural et le tibial antérieur. Ils contrôlent l'orientation du pied à chaque marche.

Les adaptations naturelles du corps

Une personne fatiguée descend plus lentement, s'appuie davantage sur la rampe, adopte une marche plus prudente. Ces adaptations sont normales.

Elles deviennent problématiques quand elles installent un évitement permanent — quand la personne ne peut plus descendre les escaliers sans rampe, quand elle descend systématiquement en pas alterné (poser deux pieds sur chaque marche), quand elle cherche des ascenseurs pour éviter le problème.

La chaîne fonctionnelle à retenir

Aborder les escaliers sans douleur, c'est une rotule qui suit sa trajectoire dans la gouttière, un quadriceps qui produit et freine, un VMO activé, un moyen fessier qui contrôle l'axe du fémur, et une chaîne membre inférieur alignée sans valgus dynamique. Le maillon souvent défaillant n'est pas le genou lui-même — c'est la hanche qui ne stabilise pas assez, ce qui produit un valgus qui augmente la contrainte fémoro-patellaire.

Comment la douleur s'installe pour cette fonction précise

Une douleur du genou aux escaliers est très fréquemment une expression du syndrome fémoro-patellaire — un tableau clinique très courant, particulièrement chez la femme jeune ou d'âge moyen, et chez le coureur.

Le mécanisme s'installe silencieusement, souvent avant les premiers symptômes. Un déséquilibre du membre inférieur — moyen fessier peu activé, quadriceps déséquilibré (VMO en retard sur les autres portions), cheville raide, arche du pied qui s'affaisse — modifie l'axe du fémur pendant les appuis unipodaux. Le fémur tourne discrètement en rotation interne pendant que le pied reste fixe. La rotule, entraînée avec le fémur, dévie de sa trajectoire idéale. À chaque flexion-extension, elle frotte sur une zone du cartilage plutôt que de glisser au centre de la gouttière.

Pendant longtemps, cette dérive est asymptomatique. Le cartilage rétro-rotulien tolère la contrainte modifiée. Puis, sous l'effet de la répétition (course à pied, activités qui sollicitent le genou en flexion sous charge, prise de poids, changement d'activité), le seuil est franchi. Le cartilage se sensibilise, les tissus péri-rotuliens réagissent. La douleur apparaît — d'abord uniquement dans les situations les plus contraignantes (descente d'escalier, course en descente, accroupissement prolongé), puis dans des situations plus courantes.

Les escaliers sont les activités qui déclenchent le plus souvent la douleur pour deux raisons. D'une part, ils sollicitent le genou en flexion sous charge, ce qui maximise la pression fémoro-patellaire. D'autre part, la descente met le quadriceps en contraction excentrique — un mode de contraction particulièrement exigeant qui expose davantage les structures.

Chez les personnes qui présentent également une raideur de bandelette ilio-tibiale, une composante latérale peut s'ajouter. Chez les personnes plus âgées, une usure du cartilage rotulien peut prendre le relais du syndrome fémoro-patellaire fonctionnel et évoluer vers une chondropathie ou une arthrose fémoro-patellaire.

Chez d'autres personnes, la douleur aux escaliers peut être liée à une atteinte du tendon rotulien (tendinopathie patellaire, « genou du sauteur »), fréquente chez les sportifs pratiquant des sports de saut. La douleur se localise alors précisément juste sous la rotule.

Cinq questions pour observer votre situation

1. Qu'est-ce que j'essaie exactement de faire ?

La tâche à observer n'est pas « avoir mal au genou », mais monter ou descendre des marches en supportant tout ou une partie du poids du corps sur un genou fléchi. Précisez : douleur à la montée, à la descente, ou aux deux ? Après combien de marches ? Sur une pente descendante aussi, ou uniquement dans les escaliers ? Localisation précise (avant du genou, sous la rotule, autour de la rotule, sur le côté) ?

2. Comment mon corps doit-il normalement réaliser cette fonction ?

Reprenez la chaîne : rotule qui suit sa trajectoire, quadriceps qui produit et freine, VMO qui contrôle la trajectoire, moyen fessier qui contrôle l'axe.

3. Est-ce que cette fonction se réalise normalement ?

Testez votre valgus dynamique. Debout devant un miroir, faites une descente contrôlée sur une jambe (comme si vous descendiez une marche). Observez le genou : reste-t-il aligné au-dessus du pied, ou part-il vers l'intérieur pendant la descente ? Un valgus visible signale un contrôle insuffisant de l'axe.

Testez votre VMO. Assis, genou légèrement fléchi, essayez d'étendre le genou en visualisant la contraction du muscle interne juste au-dessus de la rotule. Cette contraction est-elle nette, ou effacée par les autres portions du quadriceps ?

Testez votre moyen fessier (test de Trendelenburg décrit dans « J'ai mal à la hanche quand je marche »).

Reproduisez le mouvement problématique : descendez lentement une marche. À quel moment la douleur apparaît-elle ? Cède-t-elle si vous descendez en gardant activement le genou aligné au-dessus du pied ?

4. Qu'est-ce qui peut empêcher cette fonction de se réaliser normalement ?

Faites l'inventaire de vos activités : sport en course, saut, activités qui sollicitent le genou en flexion sous charge. Y a-t-il eu une augmentation récente ?

Vérifiez votre chaussage. Des chaussures de sport très usées, ne soutenant plus l'axe du pied, augmentent le valgus dynamique. Un affaissement de l'arche du pied (pied plat fonctionnel) peut également jouer.

Testez votre mobilité de hanche en rotation externe. Une raideur limite le contrôle de l'axe du fémur.

Palpez la rotule : est-elle mobile latéralement ? Une rotule qui glisse plus facilement vers l'extérieur signale un déséquilibre.

Palpez le tendon rotulien (juste sous la rotule) et l'insertion supérieure du quadriceps (juste au-dessus) : une sensibilité localisée oriente vers une atteinte tendineuse spécifique.

5. Où le problème finit-il par s'exprimer ?

Localisez précisément la douleur. Une douleur diffuse autour de la rotule, aggravée en descente et par la position assise prolongée, évoque un syndrome fémoro-patellaire. Une douleur précisément sous la pointe de la rotule évoque une tendinopathie du tendon rotulien. Une douleur sur le côté externe évoque une composante de bandelette ilio-tibiale. Une douleur sur le côté interne évoque des structures médiales (ligament collatéral médial, ménisque médial).

Les observations à noter avant une consultation

  • montée vs descente ;
  • localisation précise ;
  • présence d'un valgus dynamique observé ;
  • test du VMO ;
  • test du moyen fessier ;
  • palpation ciblée (rotule, tendon, bandelette) ;
  • activités sportives récentes (augmentation, changement) ;
  • état du chaussage.

L'approche ostéopathique pour cette situation

En consultation, je teste l'axe du membre inférieur en statique et en dynamique (descente sur une jambe), la trajectoire de la rotule, la mobilité fémoro-patellaire, l'état du tendon rotulien, la mobilité de la hanche et de la cheville.

Je teste le VMO, le moyen fessier, la bandelette ilio-tibiale, les ischio-jambiers, le triceps sural.

Le travail manuel peut détendre les structures latérales sur-tendues (bandelette ilio-tibiale, portion latérale du quadriceps), améliorer la mobilité rotulienne, désensibiliser un tendon irrité, libérer une restriction de hanche ou de cheville.

Mais dans la plupart des situations, le traitement de fond passe par un travail actif : renforcement du VMO (avec la difficulté de son activation ciblée), renforcement des fessiers pour le contrôle de l'axe, souvent adaptation du chaussage (semelles orthopédiques si affaissement plantaire important). Ce travail demande plusieurs semaines à plusieurs mois selon l'ancienneté.

Si l'examen fait suspecter une atteinte structurelle (chondropathie évoluée, tendinopathie sévère, atteinte méniscale associée), une imagerie et un avis médical peuvent être justifiés.

À retenir

Une douleur du genou aux escaliers est très fréquemment un syndrome fémoro-patellaire — expression d'un déséquilibre de la chaîne du membre inférieur, particulièrement d'un contrôle insuffisant de l'axe par la hanche. Le traitement associe presque toujours travail manuel et réactivation ciblée.

Un symptôme est un signal, pas un diagnostic.

Vous vous reconnaissez dans cette situation ?

Une consultation permet d'évaluer l'axe du membre inférieur et de proposer un plan combinant travail manuel et renforcement.

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Références de travail

  • Powers CM. The influence of altered lower-extremity kinematics on patellofemoral joint dysfunction: a theoretical perspective. J Orthop Sports Phys Ther. 2003;33(11):639-646.
  • Barton CJ, Lack S, Hemmings S, Tufail S, Morrissey D. The 'Best Practice Guide to Conservative Management of Patellofemoral Pain': incorporating level 1 evidence with expert clinical reasoning. Br J Sports Med. 2015;49(14):923-934.
  • Neumann DA. Kinesiology of the Musculoskeletal System. Elsevier, 3ᵉ édition (2016).
  • Kapandji AI. Anatomie fonctionnelle — Tome 2 : Membre inférieur. Maloine, 7ᵉ édition.