Tendinopathie : comprendre la vraie cause d’une douleur de tendon
On parle souvent de tendinite.
Mais dans la majorité des cas, le terme est imprécis.
Le suffixe “-ite” évoque une inflammation.
Or, la plupart des douleurs tendineuses sont avant tout des tendinopathies, c’est-à-dire :
un tendon en souffrance mécanique.
Cette nuance change tout.
Qu’est-ce qu’un tendon, vraiment ?
Un tendon est un tissu fibreux très solide qui relie un muscle à un os
En biomécanique :
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Muscle = moteur
-
Tendon = transmission
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Os = levier
Le tendon ne crée pas le mouvement.
Il transmet la force générée par le muscle.
Autrement dit :
Si le tendon souffre, il faut surtout regarder le muscle… et le geste.
Le tendon n’est pas une pièce isolée.
Il est la continuité terminale du muscle squelettique.
Tendinite ou tendinopathie ?
Une douleur persistante implique toujours une réaction inflammatoire ou neuro-inflammatoire.
Mais l’inflammation est souvent la conséquence, pas la cause.
Elle existe parce qu’une surcharge mécanique continue.
Traiter uniquement l’inflammation (glace, repos, anti-inflammatoires, infiltration) peut calmer le signal.
Mais si la surcharge mécanique reste identique, la douleur revient.
Pourquoi un tendon devient douloureux ?
Une tendinopathie n’apparaît pas simplement parce qu’on a “trop forcé”.
Elle apparaît lorsque la contrainte n’est plus correctement répartie
Le tendon devient alors le fusible mécanique du mouvement.
Trois grandes causes biomécaniques expliquent cette surcharge :
1️⃣ Axe biomécanique dévié
Un tendon est conçu pour être chargé dans un axe précis.
Si l’alignement articulaire change (posture, technique sportive, compensation), le tendon subit :
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compression
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cisaillement
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traction parasite
Ce n’est pas une faiblesse.
C’est une mauvaise ligne de force.
2️⃣ Fonction articulaire défaillante
Une articulation doit guider et amortir.
Si elle perd en mobilité ou en stabilité :
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la charge se déporte
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le tendon compense
Dans ce cas, le tendon souffre pour une articulation inefficace.
3️⃣ Contrôle moteur perturbé
Un muscle peut être fort… mais mal coordonné.
Problèmes fréquents :
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mauvais timing
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co-contraction excessive
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recrutement déséquilibré
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stratégie motrice altérée
La force devient “sale”.
Le tendon encaisse.
Pourquoi la douleur diminue à l’échauffement ?
Beaucoup de patients décrivent ce scénario :
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douleur au début
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amélioration à chaud
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aggravation après l’effort
À chaud :
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les tissus sont plus souples
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le système nerveux diminue le signal d’alarme
Mais la mécanique n’a pas changé
On augmente la tolérance sans corriger la cause.
Le tendon continue de compenser.
Pourquoi une tendinopathie dure longtemps ?
Le tendon est peu vascularisé et principalement constitué de collagène
Son adaptation est lente.
Mais la vraie raison pour laquelle une tendinopathie traîne est souvent mécanique
Tant que :
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l’axe reste dévié
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l’articulation reste défaillante
-
le contrôle moteur reste perturbé
la contrainte persiste.
Et l’inflammation n’a aucune raison de s’éteindre.
Les 3 profils mécaniques de tendinopathie
Toutes les tendinopathies ne se ressemblent pas
On distingue trois profils principaux :
🔹 Traction dominante
Le tendon est tiré trop souvent ou trop longtemps dans son axe.
🔹 Compression dominante
Le tendon est écrasé contre l’os par un angle articulaire fermé.
🔹 Cisaillement dominant
La force passe de travers.
Le guidage est instable.
C’est souvent le profil le plus complexe.
Identifier le profil mécanique change complètement la stratégie de traitement.
Soigner n’est pas calmer
Diminuer la douleur ne signifie pas que le tendon est guéri
Un tendon peut devenir silencieux tout en restant dans la même situation mécanique.
Soigner une tendinopathie signifie :
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supprimer la surcharge
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corriger la mécanique
-
rééquilibrer la répartition des forces
Sinon, la rechute est fréquente.
Le renforcement est-il utile ?
Oui.
Mais seulement au bon moment
Renforcer sans corriger l’axe, la fonction articulaire ou le contrôle moteur revient à consolider une erreur.
Le renforcement devient pertinent lorsque :
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la mécanique est cohérente
-
la charge est propre
-
le tendon n’est plus en compensation
On consolide une correction.
On ne remplace pas un raisonnement par un protocole.
Comment savoir si une tendinopathie est vraiment guérie ?
Un tendon réellement guéri :
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supporte la charge
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tolère la répétition
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ne déclenche pas de réaction à 24–48 heures
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ne provoque plus de raideur matinale
La vraie évaluation se fait après l’effort, pas pendant
Moins mal ≠ guéri.
Capable et stable = guéri.
Mon approche en ostéopathie pour les tendinopathies
En consultation, je ne traite pas uniquement le tendon.
Je cherche :
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le profil mécanique (traction / compression / cisaillement)
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la ligne de force
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la fonction articulaire
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la coordination musculaire
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le geste sportif ou professionnel
Le raisonnement est toujours le même :
1️⃣ Reproduire la douleur
2️⃣ Modifier un paramètre mécanique
3️⃣ Observer si le signal change
Si la douleur change, on tient un levier réel.
Ensuite :
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on corrige
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on stabilise
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on recharge progressivement
Quand consulter pour une douleur de tendon ?
Il est recommandé de consulter en cas de :
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douleur persistante au tendon d’Achille
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tendinopathie rotulienne
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douleur du coude type “tennis elbow”
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tendinopathie de l’épaule
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douleur récurrente chez le sportif
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rechutes malgré repos ou renforcement
Une prise en charge précoce évite souvent la chronicité.
Conclusion
Une tendinopathie n’est pas un tendon fragile.
C’est un tendon qui compense pour un système qui répartit mal la contrainte.
La douleur est inflammatoire.
Mais l’inflammation est entretenue par la mécanique.
Guérir, ce n’est pas calmer.
Guérir, c’est corriger la cause.